Back to top

L’IA et les jeux



Les jeux, d’une manière générale ont toujours été l’un des domaines d’application favoris de l’IA.

Pour les jeux de plateau et ceux reposant sur des bases mathématiques en général, l’objectif est principalement d’étudier la logique combinatoire du jeu (pour battre un être humain aux échecs, résoudre un Rubik’s Cube, …).

Pour les jeux vidéo, on peut distinguer trois catégories d’IAs :

  • Les IAs rendant l’environnement de jeu plus vivant. (Exemple : comportement des PNJs, ennemis dans un jeu…)
  • Les IAs facilitant la création de contenu, rendant les jeux plus réalistes et diminuant les coûts de production.
  • Les IAs rentrant en compétition avec l’homme, ayant potentiellement pour objectif de le dépasser.

L’IA développée dans le cadre du projet AI-craft fait partie de la troisième catégorie : pour mesurer nos performances sur le jeu, nous les comparerons à celles d’êtres humains. Cependant nous discuterons ici les problématiques propres à chacune de ces trois catégories, afin de faire un rapide état de l’art et définir le contexte.




Utiliser l’IA pour améliorer l’environnement du jeu


L’un des principaux objectifs de l’IA dans les jeux vidéos est d’améliorer l’expérience utilisateur, en rendant le jeu aussi immersif, et amusant que possible. Parfois en rajoutant des ennemis, ou en donnant vie à différents éléments du décor.

La tâche était assez aisée sur les premiers jeux vidéos, dont les moteurs de jeux étaient très simples. Prenons l’exemple de Pac-Man :


Pac-Man

Le jeu Pac-Man, datant de 1980


Sur ce jeu, chaque fantôme possède une stratégie différente pour attraper le joueur :

  • Blinky (le fantôme rouge) suit constamment Pac-Man.
  • Pinky (le fantôme rose) tente de se positionner devant Pac-Man.
  • Inky (le fantôme cyan) est imprévisible, et se comporte parfois comme Blinky, parfois comme Pinky.
  • Clyde (le fantôme orange) se comporte bêtement. (Il tente des embuscades avant de s’en aller quand il est sur le point de réussir)

Ces comportements sont très simples à implémenter, puisqu’il s’agit simplement de décider dans quelle direction aller selon l’état du jeu.


Cependant, à mesure que les jeux-vidéos évoluent, de nouvelles difficultés commencent à apparaître : les univers virtuels deviennent de plus en plus grands, et de plus en plus réalistes. En conséquence, les agents sont de plus en plus nombreux, et doivent avoir des comportements de plus en plus complexes.

Une autre contrainte à gérer est celle du temps réel : un personnage dans un jeu vidéo ne peut pas se permettre de réfléchir avant d’agir.

Comment réussir à implémenter des comportements réalistes en un temps record ?

La réponse à cette question peut être synonyme de réussite ou d’échec commerciale pour une licence de jeu.




Utiliser l’IA pour créer du contenu


Automatiser la création de contenu est un enjeu crucial de l’industrie vidéoludique, tant il permet de réduire le coût de production des jeux vidéo.

En effet, une grande partie de ce coût provient de la création de l’univers dans lequel le joueur évolue. Prenons l’exemple d’un jeu “open-world”, comme Zelda Breathe of the Wild :


Zelda

Une capture d’écran de Zelda Breathe of the wild


Ce jeu, qui a été développé en cinq ans et dont on estime le coût à environs 100 millions d’euros, offre au joueur la possibilité de se déplacer librement dans un monde qui est extrêmement riche.

Dans ce jeu, il est entre autres possible :

  • D’interagir avec son environnement de nombreuses manières (port et destruction d’objets, escalades, …)
  • D’interagir avec de très nombreux PNJs qui possèdent chacun une histoire.
  • De visiter des lieux variés (lacs, donjons, volcans, aéronefs, …).
  • D’utiliser des centaines d’objets différents, ayant chacun leurs caractéristiques propres.

Chacune de ces possibilités est synonyme de nombreuses heures de réflexion scénaristique, de modélisation 3D, et de tests, parfois infructueux. Ce travail est une constante : si 50 heures de travail sont investies pour modéliser un bâtiment, 50 heures de travail seront nécessaires pour en faire un deuxième.

Ainsi, réussir à automatiser une partie du travail d’un artiste est synonyme de gain de temps, et d’argent.




Utiliser l’IA pour battre des jeux


Les jeux en général ont un intérêt indéniable pour la recherche en IA. En effet, ils ont plusieurs caractéristiques intéressantes :

  • Il est facile d’interagir avec eux.
  • On peut mesurer la performance de l’IA en lui faisant affronter des joueurs humains.
  • Ce sont des sujets d’études n’ayant pas été biaisés pour favoriser un certain résultat.

Les premiers jeux sur lesquels on a véritablement fait de la recherche sont le jeu d’échecs et le jeu de Go : deux jeux millénaires, compétitifs, dont les enjeux stratégiques sont transmis de génération en génération.


Le jeu d’échecs


Kasparov contre Deep Blue

Le premier ordinateur ayant battu un GM humain au jeu d’échec est Deep Thought, de IBM. Ce super-calculateur était capable d’analyser 720 000 coups par seconde, ce qui lui a permis de remporter la victoire contre le danois Bent Larsen en 1988.

Curieux des capacités de cette IA, un match entre Deep Thought et Kasparov (champion du monde d’échecs) a alors été organisé, en 1989. A cette occasion, Kasparov vainquit facilement Deep Thought, et déclara que jamais un programme n’arriverait à le battre.

Huit ans plus tard (soit en 1997), IBM proposa un match retour à Kasparov. Leur nouveau super-calculateur, Deep Blue, pouvait analyser 200 millions de coups par seconde. Deep Blue remporta la victoire (3,5 - 2,5), et la machine dépassa alors l’homme aux échecs.


Kasparov contre Deep Blue

Kasparov affrontant Deep Blue


Deep Blue n’était pas particulièrement plus intelligent que Deep Thought, c’est sa puissance de calcul qui lui a permis de remporter la victoire.

Ces IAs sont composés de deux éléments :

  • Un moteur de calcul, chargé de parcourir les coups possibles à partir d’une position.
  • Une fonction d’estimation, définissant la désirabilité de chaque position potentielle.

Autrement dit, à partir d’une position donnée, l’IA va estimer toutes les positions possible plusieurs (entre 6 et 12) coups à l’avance, puis appliquer le coup dont l’issue semble être la meilleure.

La fonction d’évaluation a été partiellement apprise en autonomie, grâce à l’analyse de milliers de parties d’experts. (A quel point est-il important de contrôler le centre ? Quels sont les meilleurs placements du roi ?)


Le jeu de Go



Le jeu de Go

Le jeu de Go


La difficulté de créer une IA au jeu de Go

Les échecs possèdent un “branching factor” entre 31 et 35. Cela signifie qu’en moyenne, il est possible de jouer entre 31 et 35 coups différents à une position donnée.

On peut donc estimer qu’il existe, en moyenne, à peu près 39 millions de façons différentes de jouer cinq coups aux échecs. Pour Deep blue, cela représente à peu près 40 millions de coups à estimer si on considère les états intermédiaires.

En comparaison, le “branching factor” du jeu de Go est de 250.

Cela signifie qu’il existe en moyenne environs :

  • 250 manières de jouer un coup
  • 62500 manières de jouer deux coups
  • 15 millions de manières de jouer trois coups
  • 4 milliards de manières de jouer quatre coups
  • 1 billion de manières de jouer cinq coups.

C’est là la raison pour laquelle le jeu de Go a été un bien plus grand challenge pour l’IA que le jeu d’échecs.

À titre de comparaison, lorsque Deep Blue a battu Kasparov en 1997, il était possible pour les champions de Go de battre les meilleures IAs avec 25 pierres de handicap (c’est beaucoup, et un tel handicap les mettrait en difficulté face à n’importe quel novice).

Le jeu de Go s’est donc imposé comme le prochain grand challenge pour l’IA, et nombreux pensaient qu’il ne serait pas possible de battre des champions de Go avant 2030 ou 2040.


Les avancées techniques

[Work in Progress]


Lee Sedol contre AlphaGo

Grâce à ces deux avancées techniques (Monte Carlo Tree Search et les réseaux de neurones profonds), il a été possible de créer de nouvelles IAs pouvant véritablement rivaliser avec les meilleurs joueurs de Go.

En octobre 2015, DeepMind, organisme de Google, propose au champion d’Europe de Go d’affronter sa nouvelle IA, AlphaGo. Le résultat est sans appel : l’IA remporte la victoire, 5 à 0.

C’est une première grande étape pour l’IA, puisque ces victoires ont été obtenues sans aucun handicap, et les gens commencent à se demander ce qu’AlphaGo est véritablement capable de faire.

En mars 2016, un nouveau match est organisé entre Lee Sedol, 9eme Dan de Go et parmis les meilleurs joueurs du monde, contre AlphaGo.


Lee Sedol

Lee Sedol affrontant AlphaGo


À cette occasion, AlphaGo s’est imposé 4 à 1, permettant à l’IA de remporter une nouvelle victoire sur l’être humain.


Et depuis ?

Depuis la victoire de AlphaGo sur Lee Sedol, le challenge pour l’IA ne se trouve plus sur les jeux de plateau, mais sur les jeux vidéo.

En effet, ils sont encore plus difficiles à appréhender pour la machine, et sont d’un véritable intérêt pour la recherche.